Les anti-inflammatoires non stéroïdiens : des médicaments à manier avec précaution

Mise à jour le 17 août 2023

Avec 80 milliards de comprimés vendus dans le monde chaque année, l’aspirine fait partie des médicaments les plus consommés pour soulager douleur, fièvre et inflammation.

illustration douleur

Mais comme tous les AINS (anti-inflammatoires non stéroïdiens) dont l’ibuprofène, il entraîne des risques non négligeables, et serait d’ailleurs à l’origine de près d’un quart des accidents liés aux médicaments.

Avec les anti-inflammatoires stéroïdiens (ou glucocorticoïdes, des dérivés de cortisone), les anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) constituent la grande famille des médicaments anti-inflammatoires.

Comme leur nom l’indique, ils aident à combattre l’inflammation, processus de défense de l’organisme contre une agression. Ils sont utilisés en tant qu’antalgique (pour soulager diverses douleurs) et/ou antipyrétique (en cas de fièvre), et en doses plus élevées en tant qu’anti-inflammatoire (pour les inflammations d’origines rhumatismales et ostéo-articulaires).

Deux grandes familles selon le mode d’action

On distingue deux types d’AINS :

  • Les dérivés de l’acide propionique agissent en inhibant la synthèse des prostaglandines, les substances responsables de l’inflammation. L’ibuprofène (Advil ® 200 mg, Antarène ® 200 mg) et le kétoprofène (Toprec ®), disponibles sans ordonnance, font partie de cette famille.
  • L’acide acétylsalicylique, plus connu sous le nom d’aspirine, partage le même mode d’action, mais se distingue par un effet indésirable particulier, le syndrome de Reye (une atteinte du foie et du cerveau rare, mais grave, qui atteint surtout les enfants).

Agressifs pour la sphère digestive

Les AINS sont agressifs pour les parois de l’estomac, d’une part parce qu’ils sont acides, d’autre part parce qu’ils inhibent les prostaglandines, dont certaines ont pour action de protéger le tube digestif. Avec pour conséquence, des effets indésirables digestifs plus ou moins graves tels que nausées, brûlures d’estomac, ulcère, voire hémorragie du tube digestif, sans qu’il y ait eu nécessairement de signes d’alerte ou d’antécédents d’effets indésirables gastro-intestinaux graves.

Et bien d’autres risques encore

Moins connus sont les risques au niveau des reins : dans certains cas rares, mais graves, les AINS peuvent entraîner une insuffisance rénale. Ils présentent, par ailleurs, de nombreuses interactions
médicamenteuses : ils diminuent l’activité de certains médicaments (diurétiques, antihypertenseurs, médicaments de l’insuffisance cardiaque) tandis qu’ils augmentent l’action d’autres (antidiabétiques, anticoagulants).

Par ailleurs, les AINS sont à éviter en cas d’infection. Alerté sur le sujet, le Comité européen en charge de l’évaluation des risques et de la pharmacovigilance (PRAC) a conclu en avril 2020 que la prise d’ibuprofène ou de kétoprofène pouvait entraîner, lors de certaines infections, un masquage des symptômes comme la fièvre ou la douleur, conduisant à un retard de prise en charge du patient.

Chez la femme enceinte enfin, tous les AINS peuvent provoquer une toxicité fœtale et/ou néonatale cardiaque et/ou rénale, parfois irréversible, voire fatale, en particulier à partir du début du sixième mois de grossesse.

AINS : Les précautions d’emploi

Ibuprofène

  • Respectez les doses : 200 à 400 mg toutes les 6 à 8 heures, sans jamais dépasser 1 200 mg/24 heures.
  • Gardez un intervalle d’au moins 6 heures entre chaque prise.
  • Ne poursuivez pas le traitement plus de quelques jours sans avis médical.
  • Prenez votre AINS au cours du repas.

L’ibuprofène est à proscrire :

  • En même temps qu’un autre AINS.
  • À partir du début du sixième mois de grossesse.
  • En cas d’antécédents d’ulcère de l’estomac ou du duodénum, d’hémorragies digestives, d’allergie et/ou d’asthme lié à la prise d’ibuprofène ou d’autres AINS.
  • Sans avis médical en cas de maladie grave du cœur, du foie ou des reins, ou d’hypertension artérielle, en particulier chez les personnes âgées.

Aspirine

Respectez les doses : 3 000 mg/ jour maximum en 3 prises.

Gardez un intervalle d’au moins 4 heures entre les prises.

Ne poursuivez pas le traitement plus de quelques jours sans avis médical.

L’aspirine est à proscrire :

  • En cas de saignements : règles, plaie, processus de cicatrisation, extraction dentaire, etc.
  • Chez l’enfant en cas de maladie virale : syndrome grippal, varicelle (risque de syndrome de Reye).
  • En même temps qu’un autre AINS.
  • À partir du début du sixième mois de grossesse.
  • En cas d’antécédents d’ulcère de l’estomac ou du duodénum, d’hémorragies digestives, d’allergie et/ou d’asthme lié à la prise d’ibuprofène ou d’autre AINS.
  • Sans avis médical en cas de maladie grave du cœur, du foie ou des reins, en particulier chez les personnes âgées.
  • Avec certains médicaments : anticoagulants oraux, antiagrégant plaquettaire, médicament à base de méthotrexate.

De l’aspirine en prévention : Est-ce une bonne idée ?

Prendre tous les jours de petite quantité d’aspirine pour prévenir les problèmes vasculaires : vous en avez sûrement entendu parler. Dans une vaste méta-analyse, des chercheurs britanniques et italiens ont compilé des centaines de données pour faire le point.

Verdict : les personnes en bonne santé prenant de l’aspirine pour prévenir d’éventuels troubles cardiovasculaires ont, il est vrai, 17 % moins de risques de faire un AVC ou une crise cardiaque. Revers de la médaille : elles s’exposent à un risque plus accru (+ 47 %) de souffrir d’un saignement gastro-intestinal et d’avoir des saignements intracrâniens (+ 34 %).

Moralité : l’aspirine en prévention, c’est donc non !