Les médicaments anti-rhume : Beaucoup de risques pour peu d’effet

Mise à jour le 17 août 2023

Actifed, Dolirhume, Humex Rhume, Rhinadvil… : ils font partie des médicaments les plus utilisés en automédication, mais ils sont loin d’être sans danger.

rhume

Autant dire que pour un simple rhume
(maladie bénigne qui guérit spontanément en 8-10 jours), c’est prendre beaucoup de risques pour, au final, peu de bénéfice.

Des vasoconstricteurs dans le viseur des autorités sanitaires

Certaines spécialités contre le rhume reposent sur une action vasoconstrictrice : elles décongestionnent les fosses nasales, réduisant ainsi la sensation de nez bouché. Ces médicaments contiennent
de la pseudoéphédrine, une molécule qui provoque une contraction des vaisseaux sanguins.

Contrairement aux vasoconstricteurs par voie nasale soumis à prescription médicale obligatoire, les vasoconstricteurs par voie orale sont disponibles sans ordonnance. Pourtant, les effets indésirables neurologiques et cardiovasculaires associés à la prise de vasoconstricteurs ont été identifiés et sont suivis par des enquêtes présentées régulièrement au CTPV (Comités techniques de pharmacovigilance) depuis 2001, souligne l’ANSM dans son rapport d’activité de 2019.

L’Agence rappelle par ailleurs qu’en mars 2019, une enquête de pharmacovigilance a montré la persistance de ces effets indésirables (AVC, infarctus du myocarde, convulsions, syndromes de vasoconstriction cérébrale) à la prise de vasoconstricteurs par voie orale et nasale, chez les patients présentant ou non des risques associés.

Autre conclusion de cette enquête nationale : un mésusage important, avec notamment une utilisation prolongée au-delà de 5 jours, ou une association avec un autre vasoconstricteur par voie
nasale ou orale.

Afin de limiter la prise de ces médicaments décongestionnants (qui a déjà diminué d’un tiers entre 2012 et 2020), leur publicité est interdite depuis 2018. Depuis janvier 2020, une fiche d’information alertant sur les effets secondaires doit être systématiquement remise au patient.

Avant leur interdiction pure et simple ?

Risque d’interactions et de surdosage

Ces risques sont multipliés lorsque la pseudoéphédrine est associée à une autre substance : du paracétamol ou de l’ibuprofène pour un effet antipyrétique et antalgique comme c’est souvent le cas, et parfois même, un antihistaminique pour un effet asséchant sur les sécrétions nasales. Antihistaminique qui possède lui aussi ses contre-indications et effets indésirables…

Autre problématique soulevée par ces spécialités anti-rhume : elles contiennent souvent du paracétamol ou de l’ibuprofène pour lutter contre la fièvre et les maux de tête du rhume ou des antihistaminiques pour assécher le mucus.

Afin d’éviter tout risque de surdosage, il ne faut donc jamais prendre un autre médicament à base de paracétamol, ibuprofène ou antihistaminique.

Un exemple : du Doliprane (= paracétamol) + de l’Actifed Rhume Jour/Nuit (paracétamol + pseudoéphédrine + diphénhydramine) = risque de surdosage en paracétamol + risques liés à la pseudoéphédrine.

Prudence également avec les produits naturels

Faut-il pour autant se tourner vers des produits naturels comme des spécialités anti-rhume à base d’huiles essentielles ou de plantes ? Non plus !

Les dérivés terpéniques généralement utilisés comme l’eucalyptus, le camphre ou le niaouli n’ont pas démontré leur efficacité, et présentent des risques d’allergie.

Médicaments contre la toux : prudence également !

Les sirops contre la toux grasse de type fluidifiants bronchiques et expectorants (à base de carbocystéine, acétylcystéine, diacétylcystéine, ambroxol, bromhexine, erdostéine, guaïfénésine, sulfogaïacol, terpine) n’ont jamais démontré une réelle efficacité dans l’élimination des sécrétions, a conclu la Haute autorité de santé.

À éviter également, les associations d’antitussif ou pire, les antitussifs associés à des fluidifiants bronchiques ou à des antiseptiques respiratoires. Ces produits n’offrent aucun avantage par rapport à des préparations ne contenant qu’une seule substance et multiplient les risques d’effets indésirables. Ces sirops combinent en effet des produits d’action contraire : les fluidifiants bronchiques vont, comme leur nom l’indique, fluidifier les sécrétions et donc les augmenter, tandis que l’antitussif va bloquer le réflexe de la toux indispensable pour évacuer ces sécrétions.

À retenir

Si vous décidez (malgré ces mises en garde) de vous automédiquer contre le rhume, veillez à :

  • Respectez la posologie.
  • Prenez le médicament sur une courte durée :5  jours maximum.
  • Ne cumulez pas les décongestionnants par voie orale et nasale, car les risques associés à l’utilisation d’un vasoconstricteur se multiplient.
  • Évitez la pseudoéphédrine en cas d’hypertension artérielle, d’accident vasculaire cérébral, de maladie des coronaires, de troubles de la prostate, d’antécédents de convulsions, ainsi que pendant la
    grossesse et l’allaitement.
  • Si la spécialité anti-rhume a déjà du paracétamol ou de l’ibuprofène, ne le cumulez pas avec un autre médicament en contenant lui aussi.

Conseils

Avec ou sans médicament, un rhume dure une bonne semaine. Une bonne hydratation, un nettoyage du nez au sérum physiologique ou au spray à l’eau de mer, éventuellement du paracétamol (aux doses recommandées) pour faire baisser la fièvre et du repos : c’est tout ce qu’il faut pour se soigner. Inutile de prendre des décongestionnants : ils présentent des risques… pour peu d’efficacité!