Comment demander les justificatifs de charges locatives ?

Mise à jour le 19 mars 2026

Recevoir son décompte annuel de régularisation des charges locatives est rarement une bonne surprise, surtout lorsque le montant à payer grimpe en flèche. Face à une facture qui vous semble disproportionnée, une question légitime se pose : ces charges sont-elles réellement justifiées ?

demander les justificatifs des charges locatives

Bonne nouvelle : en tant que locataire, vous n’avez pas à payer aveuglément. La loi vous accorde le droit strict et incontestable de vérifier chaque euro réclamé par votre propriétaire ou votre agence immobilière. Que vous ayez un doute sur la consommation d’eau, l’électricité des parties communes ou la taxe d’enlèvement des ordures ménagères, vous pouvez exiger de voir les factures.

La loi est très claire à ce sujet (loi du 6 juillet 1989, article 23) : le propriétaire doit tenir à votre disposition l’ensemble des pièces justificatives (factures, contrats d’entretien, etc.) pendant les six mois qui suivent l’envoi du décompte de régularisation des charges.

Mais comment formuler cette demande sans braquer son bailleur ? Quels sont les délais à respecter et que faire en cas de refus ? Dans cet article, on vous guide étape par étape pour faire valoir vos droits en toute sérénité.

1. La demande amiable (E-mail ou téléphone)

Privilégiez toujours la souplesse pour commencer. Si vous avez de bonnes relations avec votre bailleur ou votre agence, un simple message suffit souvent.

Points à préciser dans votre message :

  • La réception du décompte annuel des charges.
  • Votre souhait de consulter les justificatifs (factures d’eau, électricité des parties communes, entretien de l’ascenseur, taxe d’enlèvement des ordures ménagères).
  • Une proposition de rendez-vous pour les consulter, ou la demande d’un envoi par e-mail (les agences ont souvent tout au format numérique).

2. La demande formelle (Lettre Recommandée avec Accusé de Réception)

Si votre propriétaire fait la sourde oreille après votre relance amiable, ou s’il refuse de vous fournir les documents, il faut passer à la demande officielle. Le courrier recommandé avec accusé de réception (LRAR) est indispensable pour laisser une trace juridique.

Lettre type

Vos coordonnées
Prénom et Nom
Adresse
Code postal, Ville

Adresse e-mail
Téléphone

Coordonnées du bailleur

Lettre recommandée avec accusé de réception

Objet : Demande de consultation des justificatifs de charges locatives

Ville, le Date : [Date du jour]

Madame, Monsieur,

Je vous accuse réception du décompte de régularisation annuelle des charges locatives pour mon logement situé au [Votre adresse complète], en date du [Date de réception du décompte].

Conformément à l’article 23 de la loi n°89-462 du 6 juillet 1989, je vous prie de bien vouloir tenir à ma disposition les pièces justificatives correspondant à ce décompte (factures, contrats de fourniture et d’entretien, avis de taxe foncière pour la taxe d’enlèvement des ordures ménagères, etc.).

Afin de pouvoir consulter ces documents, je vous propose de convenir d’un rendez-vous. Alternativement, vous pouvez m’en faire parvenir une copie par e-mail à l’adresse suivante : [Votre e-mail] ou par courrier postal.

Dans l’attente de votre retour rapide, je vous prie d’agréer, Madame, Monsieur, l’expression de mes salutations distinguées.

Votre Signature


À savoir absolument

  • Le mode de consultation : La loi oblige le propriétaire à tenir les documents à votre disposition. Il n’est techniquement pas obligé de vous faire des photocopies ou de vous les envoyer par la poste à ses frais, bien que beaucoup le fassent par courtoisie. Il peut vous demander de venir les consulter à son domicile ou à l’agence.
  • Le délai de carence : Si le propriétaire ne vous envoie pas le décompte des charges un mois avant la régularisation, ou s’il refuse de vous montrer les factures, vous êtes en droit de ne pas payer le supplément de charges demandé jusqu’à ce qu’il se mette en conformité.
  • La prescription : Vous avez 3 ans pour contester une erreur sur les charges locatives (en votre faveur ou en faveur du propriétaire).

Liste des charges locatives récupérables

La liste des charges locatives (aussi appelées « charges récupérables ») est strictement encadrée par la loi (le décret n° 87-713 du 26 août 1987).

C’est une excellente nouvelle pour les locataires, car cela signifie que la liste est exhaustive. Votre propriétaire ne peut pas vous facturer des dépenses à son bon vouloir : si une dépense ne figure pas dans ce décret, elle est à sa charge !

Voici la liste détaillée des charges que le propriétaire est en droit de vous réclamer, réparties en quatre grandes catégories.

1. Les impôts et redevances

Ce sont les taxes liées à l’usage direct du logement par le locataire.

  • La Taxe d’Enlèvement des Ordures Ménagères (TEOM) : C’est la charge la plus classique. Attention, le propriétaire ne peut vous réclamer que le montant de la taxe, pas les frais de gestion prélevés par les impôts.
  • La taxe de balayage : Si elle est appliquée dans votre commune.
  • La redevance assainissement : Pour le traitement des eaux usées.

2. L’eau et le chauffage (en cas d’installations collectives)

Si votre immeuble est équipé de systèmes communs, les frais d’usage et de petit entretien vous incombent.

  • L’eau froide et l’eau chaude consommées par les locataires.
  • L’eau utilisée pour l’entretien des parties communes et des espaces verts.
  • Les frais d’exploitation et d’entretien courant du chauffage collectif (combustible, nettoyage des filtres, réglages). Les grosses réparations ou le remplacement de la chaudière restent à la charge du bailleur.

3. L’entretien des parties communes et des espaces verts

Vous participez financièrement à tout ce qui permet de maintenir les espaces communs propres et fonctionnels.

  • L’électricité : Pour l’éclairage des couloirs, escaliers, halls d’entrée, caves et parkings.
  • Le nettoyage : L’achat des produits d’entretien (balais, détergents, ampoules de rechange) et la rémunération du personnel de ménage ou de la société d’entretien.
  • Les espaces verts : L’entretien courant (tonte de la pelouse, taille des arbustes, arrosage, désherbage).
  • Le gardiennage : Le salaire du concierge est récupérable (à 75% s’il fait le ménage et sort les poubelles, ou à 40% s’il n’effectue qu’une seule de ces deux tâches).

4. Les ascenseurs et monte-charges

Si votre immeuble possède un ascenseur, les frais de fonctionnement courant sont répercutés sur les charges.

  • L’électricité nécessaire au fonctionnement de l’ascenseur.
  • Les visites d’entretien périodiques (contrat de maintenance de base).
  • Les menues réparations (changement d’un bouton, d’une ampoule, d’un fusible). Le remplacement de la cabine ou du moteur est à la charge exclusive du propriétaire.

💡 Le conseil pratique à retenir

Pour différencier rapidement ce qui est à votre charge de ce qui incombe au propriétaire, posez-vous cette question : « S’agit-il d’usage quotidien ou d’un investissement durable ? ». L’entretien courant, les consommables et les petites réparations d’usage sont pour le locataire. Tout ce qui relève du remplacement à neuf, de la mise aux normes ou de l’investissement à long terme est pour le bailleur !


Que faire en cas de refus ? Mise en demeure de fournir les justificatifs

Si votre propriétaire ou l’agence fait la sourde oreille suite à votre première demande, ou refuse catégoriquement de vous montrer les factures, voici un modèle de courrier de mise en demeure. Il faut impérativement l’envoyer en Lettre Recommandée avec Accusé de Réception (LRAR) pour qu’elle ait une valeur juridique.

Vos coordonnées
Prénom et Nom
Adresse
Code postal, Ville

Adresse e-mail
Téléphone

Coordonnées du bailleur

Lettre recommandée avec accusé de réception

Ville, le Date : [Date du jour]

Objet : Mise en demeure – Justificatifs du décompte de charges locatives

Madame, Monsieur,

En date du [Date de votre premier courrier ou e-mail], je vous ai demandé de bien vouloir tenir à ma disposition les pièces justifiant le décompte de régularisation des charges locatives que vous m’avez adressé le [Date de réception du décompte], pour le logement situé au [Votre adresse complète].

À ce jour, et malgré ma demande, je n’ai reçu aucune réponse de votre part / vous avez refusé de me présenter ces documents [Choisissez la mention adaptée].

Je vous rappelle que selon l’article 23 de la loi n°89-462 du 6 juillet 1989, les pièces justificatives des charges doivent être tenues à la disposition des locataires pendant les six mois suivant l’envoi du décompte. Sans la présentation de ces factures et contrats, votre demande de régularisation est infondée.

Par la présente, je vous mets donc en demeure de me permettre de consulter ces documents sous huit jours à compter de la réception de ce courrier, soit en fixant un rendez-vous, soit en m’en faisant parvenir une copie.

À défaut de régularisation de votre part dans ce délai, je me verrai dans l’obligation de saisir la Commission Départementale de Conciliation, voire le juge des contentieux de la protection, pour faire valoir mes droits. Dans cette attente, je suspends le paiement du supplément de charges réclamé.

Dans l’attente de votre retour, je vous prie d’agréer, Madame, Monsieur, l’expression de mes salutations distinguées.

Votre Signature

💡 Le conseil pratique en plus

Attention à ce que vous bloquez ! Si vous décidez de ne pas payer suite à ce courrier, vous avez le droit de bloquer uniquement le supplément réclamé lors de la régularisation (le solde).

En revanche, vous devez absolument continuer à payer votre loyer et vos provisions pour charges mensuelles habituelles. Si vous arrêtez de payer votre loyer de base, vous vous mettez vous-même en tort aux yeux de la loi.


Conclusion

Demander à consulter les justificatifs de ses charges locatives n’est pas un acte d’hostilité envers son propriétaire, c’est une simple démarche administrative prévue et encadrée par la loi. Ne soyez donc pas gêné de faire valoir ce droit, surtout si les montants réclamés pèsent lourd sur votre budget. N’oubliez pas la règle d’or en cas de litige : si vous pouvez tout à fait suspendre le paiement du supplément de charges réclamé le temps d’obtenir les factures, vous devez impérativement continuer à payer votre loyer et vos provisions mensuelles habituelles.

Gardez une trace écrite de toutes vos démarches (privilégiez les e-mails et les lettres recommandées) et rappelez-vous que vous avez jusqu’à trois ans pour contester une erreur de calcul.