Comment bien choisir les médicaments sans prescription ?

Mise à jour le 17 août 2023

Face à une offre qui se multiplie en pharmacie, on peut parfois se sentir comme au rayon café du supermarché : perdu devant tant de choix !

Pilule

À la différence près que le choix d’un médicament n’est pas un acte aussi anodin que celui de son breuvage du matin. Il en va, en effet, de sa santé. Quelques clefs pour un choix raisonné… sachant que le pharmacien demeure votre interlocuteur privilégié.

Les médicaments sans prescription sont-ils tous efficaces ?

Pour diverses raisons, un grand nombre de médicaments dénués de toute efficacité démontrée chez l’homme continuent de recevoir une autorisation de mise sur le marché. 50 % des traitements délivrés sans ordonnance seraient inefficaces : ce pourcentage est encore plus élevé (65 %) s’agissant des médicaments en libre-service. Si le produit est bien toléré, cela ne pose à vrai dire pas
réellement problème (sauf s’il retarde le diagnostic), il peut même avoir un effet placebo. Malheureusement, ces spécialités pharmaceutiques présentent souvent des contre-indications et des effets indésirables. Se pose alors la question de la balance bénéfice/risque : est-il justifié de prendre un médicament présentant des effets indésirables et des contre-indications pour une efficacité quasi nulle ?

C’est notamment le cas des médicaments décongestionnants utilisés en cas de rhume : certains comptent une quinzaine de contre-indications pour une pathologie qui, médicament ou non, guérit spontanément en huit jours. Idem pour la constipation : les laxatifs, notamment ceux irritants, ne sont pas dénués d’effets indésirables, alors qu’un changement d’hygiène de vie permet souvent de venir à bout de ce trouble.

Plusieurs substances, est-ce synonyme de plus d’efficacité ?

Non ! En matière de médicament, 1 + 1 ne double pas l’efficacité… mais double généralement les risques. Plus on multiplie le nombre de substances, plus on accroît les risques d’intolérance, sans pour autant augmenter l’efficacité. Au mieux, l’association de substance est inefficace (mais vous fait souvent payer plus cher le médicament) ; au pire, elle est potentiellement dangereuse. Aussi, privilégiez toujours les médicaments ne contenant qu’une seule substance.

Les combinaisons à éviter

  • Aspirine + paracétamol : cette combinaison amplifie les effets indésirables et les contre-indications des deux substances.
  • Paracétamol + codéine : une association à ne pas utiliser contre la fièvre, car la codéine n’a aucune action antipyrétique, mais présente des effets indésirables (somnolence, constipation, etc.).
  • Paracétamol + caféine : cela n’améliore pas l’effet du médicament, mais augmente les risques d’effets indésirables et d’interactions médicamenteuses.
  • Aspirine + vitamine C + caféine : l’ajout de vitamine C et/ou de caféine à l’aspirine n’augmente pas son efficacité.

Gélules, comprimés, sachets… : quelle galénique choisir ?

La galénique est la science de la présentation et de la diffusion des molécules actives, qui influencent la façon dont elles sont absorbées par l’organisme. Et c’est tout un art !

Ainsi, les gélules gastro-résistantes ont été spécifiquement conçues pour traverser l’estomac sans être altérées par son environnement très acide, afin de ne libérer leurs principes actifs qu’au niveau de l’intestin. Les prendre sans leur coque protectrice, c’est l’assurance de leur inefficacité.

D’autres médicaments dits à libération prolongée (comme certains antidouleurs) sont formulés spécialement pour ne pas être absorbés d’un coup par l’organisme. Leur enrobage contient des excipients permettant de modifier la vitesse d’absorption du médicament.

À l’inverse, certains sels de molécule sont absorbés plus rapidement. C’est le cas du sel de lysine, utilisé notamment dans certaines présentations d’ibuprofène. Les formes dites Lyoc, à faire fondre sous la langue, agissent également plus rapidement et sont pratiques à utiliser, car elles ne nécessitent pas d’eau.

Idem pour les formes liquides, comme dans les comprimés effervescents : le fait que le produit soit déjà solubilisé accélère sa biodisponibilité, car il n’y a pas de temps de désagrégation comme pour les formes solides.

Mais plus que la rapidité d’action, mieux vaut choisir selon vos préférences ; gélule, comprimé, forme effervescente, etc. C’est la garantie de la bonne observance du traitement.

Piler ses pilules, est-ce une bonne idée ?

Écraser les pilules ou ouvrir les gélules pour en mélanger la poudre à des aliments : c’est une pratique courante, en particulier avec les enfants et les personnes âgées. Mais c’est une mauvaise idée!

Cela peut modifier le traitement, voire le rendre inefficace. En l’émiettant, on risque d’en laisser un peu de côté et de réduire ainsi la dose nécessaire. De plus, certains principes actifs ne supportent pas d’être exposés à la lumière ou à l’air. Parfois, l’acidité de la molécule peut être modifiée, ou sa stabilité compromise, par la température de l’aliment dans lequel le remède est mélangé.

De même, le calcium du yaourt est susceptible de dégrader certains principes actifs. Sans compter que les médicaments écrasés donnent un mauvais goût à la nourriture, au risque de couper l’appétit des personnes âgées ou malades et d’entraîner une dénutrition.

Combien de temps prendre un médicament en automédication ?

Par définition, l’automédication doit être de courte durée. D’ailleurs, le packaging est fait dans ce sens. Dans tous les cas, on respecte la durée indiquée sur le mode d’emploi. Si passé ce délai, il n’y a pas d’amélioration, si les symptômes s’amplifient ou si d’autres apparaissent, il est temps de consulter votre médecin.

Est-il possible d’associer plusieurs remèdes sans ordonnance ?

Même en se limitant aux produits disponibles en vente libre et aux doses recommandées, tout risque n’est pas exclu. On s’expose, notamment, au risque de surdosage. Un classique : prendre du paracétamol en même temps qu’une spécialité contre le rhume qui en contient aussi. Méfiance également avec les tranquillisants à base d’antihistaminiques pour mieux dormir combinés à certains antitussifs, disponibles également en automédication : ils accroissent la somnolence et donc les risques lors de la conduite. En fait, il est fortement déconseillé de se composer une véritable ordonnance sans demander au moins conseil au pharmacien.

Par ailleurs, devoir multiplier les médicaments sans prescription pour venir à bout d’un symptôme qui ne passe pas n’est jamais bon signe ! Une visite chez le médecin s’impose…

Faut-il les prendre à jeun ou pendant le repas ?

Tout dépend du médicament et de son mécanisme d’action. Certains doivent être pris à jeun (1h30 à 2 heures avant toute prise alimentaire), car leur passage dans le sang peut être ralenti, voire diminué par la présence d’aliments. D’autres, au contraire, doivent être pris au cours du repas afin de passer en plus grande quantité dans le sang lors de la digestion. Pour être sûr, on pose la
question à son pharmacien ou, à défaut, on lit la notice.

À titre indicatif, on retiendra que :

  • Les AINS (anti-inflammatoires non stéroïdiens) se prennent pendant le repas afin de diminuer les irritations et les lésions de l’estomac.
  • Les médicaments anti-nausées sont à prendre avant les repas.
  • Le paracétamol a l’avantage de pouvoir être pris à distance ou au cours des repas.
  • Les pansements digestifs (en cas de brûlures et aigreurs d’estomac) se prennent toujours après les repas.

On fait également attention par rapport aux autres médicaments. Les pansements digestifs, par exemple, peuvent gêner l’absorption d’autres médicaments, car ils plâtrent la paroi de l’estomac pour le protéger des acidités. On veillera donc à les prendre à distance (2 heures minimum) des autres traitements.

Bon à savoir

Un médicament ne s’avale pas “à sec”, mais toujours avec du liquide afin d’éviter qu’il ne colle à l’œsophage. Idéalement, on le prend avec de l’eau, car les autres boissons peuvent modifier
l’action et la tolérance des médicaments.

Pourquoi conseille-t-on de toujours garder l’emballage ?

L’emballage ne sert pas seulement à protéger son contenu, il porte également de précieuses indications comme le nom du médicament, son fabricant, la teneur en principe actif, la date de péremption. Il affiche parfois des pictogrammes de mise en garde, pour signaler, par exemple, les produits pouvant avoir un effet sur l’aptitude à la conduite automobile. En automédication, c’est le cas de certains médicaments antihistaminiques contre les allergies et les nausées, ou des antidouleurs qui associent de la codéine à l’aspirine ou au paracétamol.

Enfin, conserver l’emballage permet de ne pas séparer les médicaments de leur notice. Indispensable, celle-ci renseigne non seulement sur la posologie, mais aussi sur les contre-indications, effets désirables et précautions à prendre.

Si vous avez égaré la notice de votre médicament, vous pouvez la retrouver sur le site Internet du ministère de la Santé.

Peut-on adapter les doses ?

Avant d’être commercialisé, un médicament est soumis à d’intenses recherches. Elles permettent de recommander les doses susceptibles de donner les meilleurs résultats avec le moins d’effets indésirables possibles.

Un médicament est efficace pour une certaine dose et potentiellement néfaste lorsque cette dose est dépassée. D’où l’importance de respecter les règles d’utilisation préconisées, tant au niveau de la posologie que des horaires des prises. Ces informations sont clairement mentionnées sur le document papier qui accompagne le médicament. Il précise même parfois la conduite à tenir en cas d’oubli ou d’erreur et, quand c’est nécessaire, si le médicament doit être absorbé avant, pendant ou après le repas (lorsque cela influe sur son efficacité et/ou ses effets secondaires).

Quels médicaments font mauvais ménage avec l’alcool ?

Alcool + médicaments = mauvaise équation ! C’est particulièrement vrai avec certains antibiotiques qui, mélangés à l’alcool, entraînent nausées, vomissements, migraines : on parle d’effet antabuse. Vous prenez en plus le risque d’altérer l’efficacité de votre traitement.

Par ailleurs, l’alcool augmente l’effet de tous les médicaments qui réduisent l’activité du cerveau, ce qui accentue encore plus les troubles de l’attention, de la concentration et de la vigilance. Et ce,
quel que soit le moment où l’on prend ses médicaments (avant, pendant ou après la consommation d’alcool).

Sont concernés parmi les produits en vente libre : tous les antitussifs à base de codéine, codéthyline ou dextrométhorphane, ainsi que tous les antihistaminiques. L’alcool peut également accentuer les saignements du tube digestif provoqués par la prise d’AINS. L’aspirine après un grog brûlant ? Le combo de choc pour attaquer l’estomac !