Mise à jour le 25 juin 2026
Le versement du salaire est l’obligation principale de l’employeur. Pourtant, les retards de paiement sont une source fréquente de stress pour les salariés, entraînant parfois des frais bancaires (agios) ou des difficultés pour honorer ses factures.

Face à cette situation, la loi française protège le salarié : il est non seulement possible d’exiger le paiement immédiat de la somme due, mais également de demander des intérêts de retard, voire des dommages et intérêts. Voici la marche à suivre.
Quand un salaire est-il légalement en retard ?
Le Code du travail n’impose pas de date fixe dans le mois pour le versement du salaire (le 1er, le 25 ou le 30). En revanche, il impose une règle stricte : la périodicité.
Un salaire doit être versé au moins une fois par mois, avec un délai d’un mois maximum entre deux paiements. Si vous êtes habituellement payé le 5 du mois, l’employeur a jusqu’au 5 du mois suivant pour vous verser votre nouvelle paie. Au-delà, il est en faute, même pour un seul jour de retard.
La procédure pour réclamer son salaire et ses intérêts
L’ordre des démarches est crucial, car la loi fixe des règles précises sur le point de départ du calcul des intérêts.
Tenter une résolution à l’amiable
Avant toute procédure formelle, contactez le service RH ou votre employeur par écrit (e-mail). Un simple oubli ou un bug informatique est toujours possible. Cette trace écrite prouvera votre bonne foi si le conflit s’éternise.
Envoyer une mise en demeure
Si la démarche amiable échoue au bout de quelques jours, vous devez envoyer une lettre de mise en demeure par courrier recommandé avec accusé de réception (LRAR). Cette étape est indispensable : c’est la date de réception de cette lettre qui fait courir le calcul des intérêts de retard au taux légal.
Lettre type
Voici un modèle de lettre de mise en demeure, clair et juridiquement fondé.
Vos coordonnées
Prénom et Nom
Adresse
Code postal, Ville
Adresse e-mail
Téléphone
Coordonnées de l’entreprise
À l’attention de [Nom du responsable RH ou du dirigeant]
Adresse de l’entreprise
Code postal, Ville
Fait à [Lieu], le [Date]
Objet : Mise en demeure de paiement du salaire de [Mois et Année]
Par Lettre Recommandée avec Accusé de Réception (LRAR)
Madame, Monsieur,
Salarié(e) au sein de votre entreprise depuis le [Date d’embauche] en qualité de [Intitulé du poste], je me permets de vous contacter concernant le versement de mon salaire du mois de [Mois concerné].
Sauf erreur ou omission de ma part, et malgré mes précédentes relances [préciser si c’était par oral, par e-mail le (Date), etc.], je constate à ce jour que mon salaire d’un montant net de [Montant de votre salaire net] euros ne m’a toujours pas été versé.
Pour rappel, la rémunération doit être versée à intervalles réguliers ne pouvant dépasser un mois, conformément à l’article L3242-1 du Code du travail.
Par la présente, je vous mets donc en demeure de procéder au règlement de cette somme dans un délai de [indiquer un délai, par exemple : 8 jours] à compter de la réception de ce courrier.
Je vous rappelle que, conformément à l’article 1231-6 du Code civil, cette mise en demeure fait courir les intérêts de retard au taux légal à compter de sa date de réception.
À défaut de régularisation dans le délai imparti, je me verrai dans l’obligation de saisir le Conseil de prud’hommes en référé afin d’obtenir le paiement de mon salaire, assorti des intérêts de retard, ainsi que d’éventuels dommages et intérêts pour le préjudice financier subi (frais bancaires, agios).
Dans l’attente d’un prompt règlement de votre part, je vous prie d’agréer, Madame, Monsieur, l’expression de mes salutations distinguées.
Signature
Conseils pratiques
Voici quelques recommandations utiles :
- Conservez des preuves : Gardez toujours une copie de la lettre signée, le bordereau d’envoi de La Poste et l’accusé de réception une fois qu’il vous est retourné.
- Rassemblez vos justificatifs : Si le retard a provoqué des frais bancaires (agios, rejets de prélèvements), compilez vos relevés de compte et les courriers de votre banque. Ils seront indispensables si vous devez réclamer des dommages et intérêts au-delà des simples intérêts moratoires.
- Ne cessez pas de travailler : Sauf exception très encadrée (droit de retrait ou prise d’acte), le non-paiement du salaire ne vous autorise pas à abandonner votre poste de votre propre chef. Vous seriez alors en tort.
Saisir le Conseil de prud’hommes
Si l’employeur ne réagit toujours pas, vous pouvez saisir le Conseil de prud’hommes. Pour un retard de salaire (où l’obligation n’est pas contestable), la procédure de référé prud’homal permet d’obtenir une décision de justice rapide (généralement en quelques semaines) obligeant l’employeur à payer, sous peine d’astreinte financière par jour de retard.
Intérêts de retard ou dommages et intérêts : Quelle différence ?
Il est fréquent de confondre ces deux types de compensations financières. Lors de votre demande, vous pouvez potentiellement cumuler les deux, mais les conditions diffèrent.
| Type d’indemnité | Ce que cela compense | Condition d’obtention | Point de départ |
| Intérêts moratoires | Le simple retard de paiement | Envoi d’une mise en demeure (LRAR) | Date de réception de la lettre |
| Dommages et intérêts | Un préjudice distinct (frais bancaires, impayés) | Preuve de la mauvaise foi de l’employeur ET du préjudice subi | Évalué par le juge |
À retenir : Pour obtenir des dommages et intérêts (en plus des intérêts de retard), vous devrez apporter des preuves matérielles de vos difficultés financières au juge : relevés de compte montrant des agios, lettres de relance de vos créanciers, etc.
Et si le retard persiste ?
Si l’employeur refuse délibérément et régulièrement de vous payer à l’heure, le manquement est considéré comme suffisamment grave pour justifier une prise d’acte de la rupture du contrat de travail ou une résiliation judiciaire aux torts de l’employeur. Cela produit les mêmes effets qu’un licenciement sans cause réelle et sérieuse, vous ouvrant droit aux indemnités correspondantes.
Conclusion : Ne laissez pas un retard de salaire s’enliser
Faire face à un salaire impayé ou versé en retard est une situation particulièrement angoissante qui peut rapidement déséquilibrer votre budget quotidien. Toutefois, gardez à l’esprit que le droit du travail est strictement de votre côté : le paiement de la rémunération n’est pas une option pour l’employeur, c’est son obligation absolue.
Voici les trois réflexes indispensables pour protéger vos droits :
- Privilégiez le dialogue dans un premier temps pour écarter la piste d’une simple erreur comptable ou administrative.
- Envoyez rapidement une mise en demeure par courrier recommandé si la situation n’est pas résolue sous quelques jours, car c’est cette étape clé qui déclenche le calcul des intérêts de retard.
- Saisissez le Conseil de prud’hommes en référé si le blocage persiste, afin d’obtenir une décision de justice rapide et contraignante.
Surtout, ne restez pas isolé face à ces difficultés financières. Si votre employeur fait la sourde oreille, n’hésitez pas à vous rapprocher des représentants du personnel de votre entreprise, d’une organisation syndicale ou de l’inspection du travail pour vous faire accompagner dans vos démarches.