Comment informer son employeur d’une situation de harcèlement moral ?

Mise à jour le 6 août 2026

Subir un harcèlement moral au travail est une situation profondément éprouvante. Face à cela, il est crucial d’agir avec méthode pour vous protéger. La loi oblige tout employeur à prendre les mesures nécessaires pour assurer la sécurité et protéger la santé physique et mentale de ses salariés.

informer employeur harcèlement moral

Voici la marche à suivre, étape par étape, pour informer votre direction de manière officielle et protectrice.

Rassembler des éléments tangibles

Avant même d’alerter officiellement votre employeur, il est indispensable de constituer un dossier solide. Le harcèlement se caractérise par des agissements répétés. Vous devez réunir tout ce qui peut prouver la dégradation de vos conditions de travail :

  • Écrits : E-mails, SMS, messages sur les messageries internes (Teams, Slack) contenant des propos rabaissants, des ordres contradictoires ou des critiques injustifiées.
  • Témoignages : Attestations écrites de collègues, de clients ou d’anciens salariés ayant assisté aux faits.
  • Documents médicaux : Certificats de votre médecin traitant ou du médecin du travail attestant d’une dégradation de votre état de santé (stress, anxiété, dépression, troubles du sommeil).
  • Journal de bord : Notez scrupuleusement les dates, les heures, les lieux et les propos tenus lors de chaque incident.

Alerter l’employeur de manière formelle

Pour que votre démarche ait une valeur juridique, les échanges verbaux ne suffisent pas. Vous devez laisser une trace écrite.

  • Le moyen d’envoi : Envoyez un courrier par Lettre Recommandée avec Accusé de Réception (LRAR) au service des Ressources Humaines ou directement à l’employeur (si la structure est petite).
  • Le ton : Restez le plus factuel, objectif et neutre possible. Évitez les insultes ou le ton purement émotionnel, même si la situation est difficile.
  • Le contenu :
    • Relatez les faits de manière chronologique.
    • Mentionnez l’identité de l’auteur des faits (ou des auteurs).
    • Expliquez les conséquences de ces agissements sur votre santé et vos conditions de travail.
    • Rappelez à l’employeur son obligation de sécurité en lui demandant de faire cesser cette situation au plus vite (souvent par la mise en place d’une enquête interne).

Modèle de lettre : Alerte pour faits de harcèlement moral

Voici un modèle de lettre type, clair et factuel, parfaitement adapté pour alerter formellement un employeur. Il est conçu pour être envoyé par Lettre Recommandée avec Accusé de Réception (LRAR) afin de conserver une preuve juridique de la démarche.

Les parties entre crochets [ ] sont à personnaliser avec les éléments précis de la situation.

Votre Prénom et Nom
Votre Adresse complète
Votre Numéro de téléphone
Votre Adresse e-mail

Nom de l’Employeur ou du Responsable RH
Nom de l’Entreprise
Adresse de l’Entreprise

Fait à [Ville], le [Date]

Objet : Dénonciation de faits de harcèlement moral et demande d’intervention

Envoi en Lettre Recommandée avec Accusé de Réception n° [Numéro du recommandé]

Madame, Monsieur [Nom du dirigeant ou DRH],

Salarié(e) au sein de votre entreprise depuis le [Date d’embauche] en qualité de [Intitulé de votre poste], je m’adresse à vous aujourd’hui pour vous alerter formellement sur la dégradation préoccupante de mes conditions de travail.

Depuis le [Date approximative du début des faits], je subis des agissements répétés de la part de [Nom et fonction de la ou des personnes en cause] qui s’apparentent à du harcèlement moral.

À titre d’exemple, je suis régulièrement confronté(e) aux situations suivantes :

– [Fait précis 1 : exemple – Remarques désobligeantes et répétées en public le JJ/MM/AAAA]

– [Fait précis 2 : exemple – Mise à l’écart injustifiée de projets ou réunions depuis le mois de…]

– [Fait précis 3 : exemple – Réception de messages contenant des directives contradictoires ou des critiques infondées, dont j’ai conservé les traces]

Ces agissements ont pour effet une dégradation de mes conditions de travail, portent atteinte à mes droits ainsi qu’à ma dignité, et altèrent gravement ma santé physique et mentale.

– [Optionnel si applicable : Mon médecin traitant / Le médecin du travail a d’ailleurs dû me prescrire un arrêt de travail du [Date] au [Date] en raison de l’état d’anxiété généré par cette situation.]

Conformément à l’article L. 1152-1 du Code du travail, de tels agissements sont interdits. Je vous rappelle également qu’en vertu de l’article L. 4121-1 du même code, vous êtes tenu(e) à une obligation de sécurité et de protection de la santé physique et mentale des salariés de votre entreprise.

Par la présente, je vous demande donc de bien vouloir prendre les mesures nécessaires et urgentes pour faire cesser ces agissements (comme le déclenchement d’une enquête interne) et rétablir des conditions de travail saines et sécurisées.

Dans l’attente de votre intervention rapide, je me tiens à votre disposition pour vous fournir l’ensemble des éléments de preuve (écrits, témoignages, documents médicaux) dont je dispose.

Je vous prie d’agréer, Madame, Monsieur [Nom du dirigeant ou DRH], l’expression de mes salutations distinguées.

– [Votre Signature]

Conseils pratiques avant l’envoi :

  • Conservez une copie : Gardez un double de cette lettre, de l’accusé de réception, ainsi que toutes les preuves justifiant les propos avancés dans le courrier.
  • Copie à l’inspection du travail (optionnel, mais recommandé si la situation est bloquée) : Il est possible d’ajouter la mention « Copie transmise à l’Inspection du travail et au Médecin du travail » en bas de page pour appuyer le sérieux de la démarche.

S’appuyer sur des relais internes et externes

Vous n’avez pas à mener cette démarche seul(e). Avant, pendant ou après l’envoi de votre courrier, il est fortement conseillé d’alerter :

  • Le Médecin du travail : Il est votre meilleur allié. Il peut constater l’impact du travail sur votre santé, alerter l’employeur de manière anonymisée (avec votre accord) et prononcer une inaptitude si un retour à votre poste est trop dangereux.
  • Le CSE (Comité Social et Économique) : Les représentants du personnel disposent d’un droit d’alerte en cas d’atteinte aux droits des personnes ou à leur santé. Ils peuvent obliger l’employeur à déclencher une enquête immédiate.
  • L’Inspection du travail : En cas d’inaction de votre employeur, l’inspecteur du travail peut intervenir, constater les infractions et mettre l’entreprise en demeure d’agir.

📌 Ce que dit la loi pour vous protéger

Il est très important de savoir qu’aucun salarié ne peut être sanctionné, licencié ou faire l’objet d’une mesure discriminatoire pour avoir témoigné de faits de harcèlement moral ou pour les avoir relatés de bonne foi (Article L1152-2 du Code du travail). Vous êtes légalement protégé contre les représailles une fois l’alerte donnée.


En conclusion : Agir avec méthode pour se protéger

Faire face à une situation de harcèlement moral est une épreuve d’une grande violence psychologique, et il est fondamental de ne pas rester isolé(e). Informer son employeur est une étape décisive qui exige de la rigueur : en constituant des preuves tangibles et en formalisant votre alerte par écrit, vous forcez votre direction à assumer ses obligations légales en matière de santé et de sécurité.

Rappelez-vous que la loi est de votre côté et vous protège contre toute forme de représailles une fois la situation officiellement dénoncée. Surtout, appuyez-vous systématiquement sur les acteurs clés, comme le médecin du travail ou les représentants du personnel, pour vous faire épauler dans ces démarches complexes.

Votre santé physique et mentale reste la priorité absolue. Si le poids de la procédure devient trop lourd à porter, rapprochez-vous des syndicats, d’associations spécialisées ou de professionnels de santé qui sauront vous accompagner, vous écouter et vous soutenir tout au long de cette épreuve.